La quête d’identité, voilà un phénomène qui anime beaucoup d’individus dans notre société mondialisée. Et qui de mieux pour en parler que Wjadi Mouawad, un auteur de théâtre d’origine libanaise, qui a vécu en France puis au Canada. Sa nouvelle pièce Tous des Oiseaux est un véritable tremblement de terre en cette fin d’année dans le monde du théâtre.

Incendies avait bouleversé les coeurs et le grand écran en 2010. Inspiré de la pièce éponyme de Wajdi Mouawad,  cette histoire déchirante de deux jumeaux, sur les traces de leur passé, fait écho à l’enfance de l’auteur – dans la guerre civile au Liban.

Wajdi Mouawad a du fuir le jardin de son enfance à 9 ans. Avec sa famille, il est passé par la France puis s’est installé  Canada. Il est aujourd’hui un auteur de théâtre mondialement reconnu. Au coeur de son oeuvre, la quête identitaire. Un sujet aux relents nauséabonds, surtout en France… 

« Un artiste est un scarabée qui trouve, dans les excréments mêmes de la société, les aliments nécessaires pour produire les œuvres qui fascinent et bouleversent ses semblables. »

Entre extrême-droite et islamisme, dans un pays rongé par sa culpabilité collabo et coloniale, où anciens maîtres et esclaves doivent apprendre à vraiment vivre ensemble, égaux, les tiraillements identitaires minent la société. Au point que, au moment même où Jean d’Ormesson nous quitte, un Académicien verse dans la novlangue pour les exprimer ; que la nomination au Conseil national du numérique d’une activiste anti-raciste qui remue la mémoire coloniale devient un scandale d’Etat – réussissant à liguer des personnalités allant de « l’extrême-droite » à « la gauche » pour obtenir la mise à l’écart de son verbe trop noir.

Dans la mondialisation, à l’ère d’un numérique qui nous connecte tous à tous, au même niveau, la France et les Français se demandent qui ils sont. Nous cherchons, maladroitement, avec fracas, ce qui nous rassemble. En regardant dans le rétroviseur, en quête de leurs origines, avec un accent de « c’était mieux avant » que seuls les winners En Marche n’ont pas.

La dernière pièce de Wajdi Mouawad, Tous des oiseaux, fait salle comble depuis plus d’un mois au Théâtre de la Colline, à Paris. L’identité est son thème central. Traité, pour une fois, en couleurs – pas en noir et blanc. 

L’identité est un chemin. Qui a un début mais, si l’on veut, pas de fin. Un chemin chaotique mais lumineux s’il est sublimé. « L’artiste, tel un scarabée, se nourrit de la merde du monde pour lequel il œuvre, et de cette nourriture abjecte il parvient, parfois, à faire jaillir la beauté », écrit Wajdi Mouawad sur son site. Dans une interview récente, la vision de « l’identité » qu’il expose résonne en nous :

« Chacun des clans de la mosaïque est incapable de faire un travail sur lui-même, incapable de prendre de la distance par rapport à ses responsables, à ce qu’ils ont fait. Chacun se focalise sur ce qu’il a subi. Tant que personne ne se responsabilise, la réconciliation est impossible. Je ne peux pas faire ce travail pour un autre clan. À partir de là, une question : quelle est la part de responsabilité de mon clan, ce clan auquel je suis attaché et où je me reconnais ? (…)

C’est la confusion entre identité et origine qui crée le rejet. L’identité n’est pas fixée par l’origine, c’est un rêve. C’est une construction active avec les autres, avec soi. Elle est en chemin, elle n’est pas la maison. »

Les « anxiétés identitaires », justement, sont au coeur d’une démarche de branding culturel (cultural branding), que nous prônons pour une communication efficace, surtout à l’époque du flux permanent de sollicitations, celle qui mène de front la bataille des esprits et celle des coeurs. Une communication réellement utile. Une communication efficace, à l’ère de la mondialisation, de la fin des Etats-nations, du numérique et des réseaux sociaux, où nous pouvons tous choisir nos communautés d’intérêt et d’appartenance, construire notre identité, en grapillant où l’on veut – et où l’on peut.

On vous prend par la main ? En attendant, courez vers les oiseaux.

Merci Jérôme Cohen et Engage – qui furent parmi les premiers clients de Com&Unity, aux origines de notre identité 😉

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Intéressé par la quête d’identité ? Lisez notre billet sur Black Panther, le film qui a secoué le box office en portant l’étendard de la « Black pride » :