Millenials, Génération Y, génération mutante… “Les jeunes d’aujourd’hui” vivent sur une autre planète, dans une galaxie lointaine, très lointaine, et ne parlent plus la même langue que nous, leurs aînés. Ils ne connaissent pas nos codes, ou les refusent, “nous” ne connaissons pas les leurs — ou les refusons. Pour les attirer en entreprise, pour réussir à communiquer et travailler avec eux, pour les fidéliser, il est vital de remettre totalement à jour nos logiciels de communication et de valeurs.

Eh bien, tout ceci ne serait que du storytelling, très séduisant mais ne reposant que sur du vent ! C’est ce qu’affirme, études à l’appui, Marcel Schwantes dans une tribune sur Inc : “Science Reveals the Real Truth About Millennials (They’re Not That Different)” [La Science révèle enfin la vérité sur les jeunes de la Génération Y : ils ne sont pas si différents de nous]. Quoi, pas besoin de communication sur-mesure, de traducteurs et coachs spécialisés pour les intégrer au travail et dans la société ? Les réseaux sociaux n’auraient pas créé un monde totalement nouveau ?

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Couverture et enquête du Time Magazine (mai 2013)

« Les Millenials ont la même relation au travail que les générations précédentes. La fracture, c’est celle qui a toujours existé entre les jeunes et les moins jeunes salariés. »

“Dans une étude, une analyste de Work Effects considère que la présentation des Millenials [“la Génération Y”] comme une génération totalement à part, n’est qu’un postulat, une théorie. Ce storytelling génère des milliards de dollars… mais il n’est fondé sur aucune preuve empirique.

Ce que moult jolies infographies ou Ted Talks nous disent des caractéristiques si spéciales des Millenials… correspond en réalité en tous points aux attentes de tout jeune fraîchement entré sur le marché du travail, quelle que soit son année de naissance, explique l’analyste — elle même une “Millenial” — dans son étude. Les jeunes d’aujourd’hui ont la même relation au travail et à son environnement que les générations précédentes.

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Bruce Pfau, Vice-Président en charge des RH et de la communication chez KPMG, est en phase. Il cite de nombreuses études, dans son article “What Do Millennials Really Want at Work? The Same Things the Rest of Us Do” dans la Harvard Business Review. »

Un nombre croissant d’indicateurs montre que les salariés, quel que soit leur âge, ont des attitudes et valeurs sensiblement identiques vis-à-vis du travail. Si une fracture existe, elle est du même ordre — celui de petites différences — que celle qui a toujours existé entre les jeunes et les moins jeunes salariés, elle n’a rien à voir avec de supposées spécificités de la Génération Y.”

Un mythe qui parle aux oreilles des patrons ? 

Mohamed Achahbar avait, déjà drôlement tiré la “bullshit alert”, en 2016 : « Oui, les Y sont une génération digitale car ils ont un smartphone. Oui, les X sont une génération à réchauffer car ils ont un micro-onde. »

Il y a trois mois, com&unity formulait peu ou prou la même analyse (en moins marrant) :

« On nous berce de mythes sur la génération Y mais il semblerait qu’on ait juste affaire à des jeunes comme il en a toujours existé, avec les particularités liées à l’époque digitale dans laquelle ils ont grandi. (…)

Alors, pourquoi existe-il autant de fantasmes autour des Millennials ? Si une part de ces clichés est fondée, on vend beaucoup l’image idéalisée du jeune : la nouvelle génération qui va changer le monde et sauver la planète, plus sensibilisée aux causes sociétales. Ces mythes servent bien des business de consultants. Parce qu’ils donnent du sens à ce qu’on ne comprend pas… et parce que bien des patrons sont tout émoustillés quand ils revivent, à travers eux, les frissons de leur adolescence ? »

Millenials, Young, Iphone

Attention ! Ca ne veut pas dire que le numérique partout et le smartphone devenu une extension de notre corps, ça ne change rien (cette étude glaçante montrait, par exemple, que “les jeunes d’aujourd’hui” constituaient la première génération où des ados préfèrent passer leurs samedis après-midis chez papa-maman, allongés sur leur lit, plutôt que partir à la découverte du monde et d’eux-mêmes). Ca veut dire que les théories, aussi séduisantes soient-elles, doivent s’appuyer sur des faits, observables et vérifiables, pour être fondées. Sinon ce sont des récits, des contes. Qui comportent leur part de vérité, mais aussi de mythologie.

Face au désenchantement du monde, à la surabondance d’infos et de bouleversements, le phénomène “je ne vois que ce que je crois” nous tient chaud. D’où le succès des fakenews, promises à un grand avenir à l’ère des réseaux sociaux.

En attendant, cadeau – pour les jeunes qui ne parlent plus la langue du rock n’ roll :

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Pour en savoir plus sur les Millenials, lisez notre enquête sur la génération Y :
 
 
Pour  découvrir comment les marques s’adaptent aux nouvelles générations, lisez notre billet :