Anti gaspi: La consommation, l’alimentation en particulier, devient de plus en plus « responsable ». Protection de l’environnement, valorisation des territoires, antigaspi, quêtes d’authenticité, de qualité, de sens et de liens humains : les consommateurs semblent de plus en plus conscients de l’impact de leurs achats. Leurs attentes, couplées aux disruptions portées par les nouveaux acteurs issus du numérique, poussent les entreprises à intégrer de plus en plus les besoins du monde, les nouveaux défis environnementaux et sociétaux, dans leurs offres de produits et services. Voire à carrément bouleverser leurs modèles économiques. Les planètes semblent en voie d’alignement pour que le service du « bien commun », de « l’intérêt général », devienne un levier de croissance. La main invisible serait-elle aux manettes ? 

Alimentation bio, Anti Gaspi : le retour aux sources

Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es. Peter Menzel, photographe, a fait le tour du monde pour photographier des familles devant leurs courses alimentaires de la semaine, afin de montrer combien notre nourriture révèle nos différences et richesses culturelles, nos identités (« En exil, la nourriture est un moyen d’être en connexion avec ce pays d’origine perdu », dit Grace Ly, réalisatrice engagée contre les préjugés et le racisme subis par la communauté asiatique, dans le Bondy Blog). Bonne nouvelle : on observe actuellement un alignement de plus en plus précis entre les « besoins du monde » (protection de l’environnement et notamment) et les usages (recherche d’authenticité, antigaspi, partage…). Dans les pays occidentaux, après des décennies d’industrialisation, de standardisation, de mondialisation, les habitudes alimentaires sont en pleine mutation.

Anti Gaspi

 

« A chaque fois que nous mangeons ou buvons, nous votons pour le monde dans lequel nous souhaitons vivre« , déclarait Emmanuel Faber, patron de Danone, pour positionner son groupe comme leader de la « Food Revolution ». Notre consommation révèle nos convictions. Au point qu’il existe aujourd’hui un site, Afrisia, qui permet de trouver des commerces en fonction des valeurs qu’ils portent.

Ces valeurs chères aux citoyens semblent se rapprochent de plus en plus des racines, de la terre : à la quantité et à la rapidité, maîtres-mots de « l’industrie alimentaire », les préférences des consommateurs se portent de plus en plus massivement vers la qualité, quitte à payer plus cher. En France, le marché du bio a explosé, son chiffre d’affaires a triplé en 9 ans– de 2 milliards d’euros en 2007 à 7 milliards d’euros en 2016 ; et ce malgré des prix encore largement supérieurs aux produits « standards » : les fruits & légumes issus de l’agriculture biologique sont encore 79% plus chers que ceux issus de l’agriculture conventionnelle. Ce n’est pas un hasard si le leader de la grande distribution, E.Leclerc, et son charismatique représentant Michel-Edouard, qui sait mieux que quiconque sentir les tendances « sociétales », a lancé sa propre marque de distributeur bio : Bio’ Village.

Mais manger mieux ne suffit plus, les consommateurs souhaitent désormais, aussi, manger local, aussi bien par souci écologique que par solidarité territoriale. Cette tendance devient de plus en plus forte, surtout dans un pays comme la France, perclu de questionnements identitaires : acheter et manger local, c’est renforcer son sentiment d’appartenance à un territoire et afficher sa solidarité avec les membres de « sa communauté » – comme le montre la force de la promesse marketing « Made In France ». Cette tendance « réactionnaire » porte un nom : le locavorisme. Les pionniers de ce mouvement en sont les Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne, ces fameuses AMAP qui fleurissent un peu partout dans l’Hexagone et dont le nombre a triplé en 5 ans. On en compte environ 2200 aujourd’hui en France, contre 700 il y a 5 ans.

Nos amies les bêtes, notre ennemi le gaspi

On assiste aussi à une prise de conscience générale de l’impact écologique et sanitaire de notre alimentation. Même dans un pays comme la France où la vache est sacrée (dans les assiettes), le marché de la viande rouge a vu sa production chuter de 8% (en volumes) entre 2013 et 2017, celui de la viande en général de 5%. Dans notre pays, un tiers des ménages se dit aujourd’hui « flexitarien » (un flexitarien fait attention à sa consommation de viande et tend à la réduire). Quand on sait que la production de viande représente 18% des émissions de Co2 (contre 13% pour les transports !!!) et qu’il faut près de 13 000 litres d’eau pour produire un steak haché, comme nous le révélait le glaçant documentaire Cowspiracy, cette évolution est salutaire.

Autre tendance forte : la chasse au gaspillage alimentaire. Le boom de Too Good Too Go, l’appli antigaspi qui revend à bas prix les produits alimentaires invendus – qui iraient à la poubelle sinon – en atteste. Elle a été téléchargée par plus de 1 million de personnes en France depuis son lancement en 2016 !

Ces quelques exemples démontrent que, si les pionniers du « manger mieux » sont souvent des associations ou entreprises de l’économie sociale et solidaire, il existe désormais un marché, en pleine expansion. Hier porté par quelques citoyens très engagés et les bobos seulement, il ne cesse de s’étendre. Ce n’est plus l’éthique qui le porte, c’est un calcul économique : la demande des consommateurs devient de plus en plus claire, en faveur de l’éco-responsabilité, de la consommation locale, de l’antigaspi et de l’authenticité des produits. 

Anti Gaspi

Du Bon Coin à Vinted : Second Life not dead !

Qui a déjà joué à Second Life, une société parallèle virtuelle qui a fait fureur au début des années 2000 ? Pas nous, mais on observe que le marché de la « seconde vie », du recyclage à l’upcycling, se développe lui aussi énormément. Bien au-delà de l’alimentation, l’économie sociale et solidaire de proximité envahit peu à peu tous les pans de notre consommation. Si on ne présente plus Le bon coin, on observe que la tendance est en train de toucher l’industrie textile. Alors que le secteur du prêt-à-porter est en constante régression depuis 10 ans et a subi une baisse globale des ventes de 18% depuis 2008, le site de revente de vêtement Vinted est en train de faire son trou en France. Arrivé dans l’Hexagone en 2013, il comptait 400 000 membres en 2014 ; ils sont aujourd’hui 900 000, soit une fréquentation qui a plus que doublé en 4 ans. L’antigaspi, c’est vraiment maintenant !

Le Bon Coin, on y revient, continue de prospérer notamment pour la revente de mobilier et montre tout le potentiel économique du marché de la seconde vie. Les marques devraient se pencher sur les poussées antigaspi de leurs consommateurs : l’expert retail Olivier Dauvers a fait le décompte, 130 000 produits Ikea sont actuellement en vente sur Le Bon Coin !

Les marques sont encore rares à organiser la « seconde vie » de leurs produits, mais ça commence : Décathlon organise chaque année son trocathlon, pendant lequel chaque client de l’enseigne peut venir vendre et acheter du matériel de sport d’occasion. A quand un grand vide-grenier Ikea ?

Anti Gaspi

[EDIT 08/06/18 : Précisions de Yoann Régent, Sustainability leader @IKEA : « Nous avons déjà quelques solutions et services pour nos clients, au premier rang desquels notre service « seconde vie des meubles » (qui a été lancé il y a maintenant 5 ans par la France) qui permet la vente et l’achat de meubles d’occasion IKEA en magasin, service que nous voulons continuer à améliorer et rendre plus accessible. Nous encourageons également nos clients à entretenir, réparer, customiser leurs produits au lieu d’en racheter de nouveaux. Enfin concernant notre assortiment, nous avons introduit il y a quelques mois un référenciel du design circulaire pour que les designers de nos produits intègre cette problématique dès le début. » Quant aux vide-greniers Ikea, certains magasins de l’enseigne suédoise ont déjà franchi le pas et organisent des brocantes. Le monde de demain, c’est maintenant !]

Alimentation, prêt-à-porter, transport, tourisme : tous ces secteurs sont bouleversés par l’évolution des mentalités et des usages (antigaspi, économie solidaire,second life). Les consommateurs, citoyens, montrent la voie aux entreprises.

 

Blablacar est un des exemples les plus flagrants de ce virage écologique : finie la voiture individuelle, modèle phare des dernières décennies. Bienvenu dans le monde de la voiture partagée ! Si la motivation première des individus à faire du covoiturage est bien évidemment financière, le covoiturage permet aussi de tisser du lien social et surtout de réduire les émissions de Co2. Pour les particuliers comme les entreprises, on peut être écolo tout en faisant des bonnes affaires.

De l’hypermarché au drive piéton : la grande distribution deviendra-t-elle petite ? 

Les enseignes d’hypermarchés, figures de proue de la consommation de masse des Trente Glorieuses, sont-elles les prochaines à subir la tendance vers une consommation de plus en plus « consciente » et le passage d’une société de consommation à une « satiété de consommation », comme le titrait joliment Influencia ? En tous cas, Carrefour a annoncé début janvier la suppression de 4500 postes et la vente de 273 magasins de proximité

Dans le même temps Thomas Pocher, adhérent Leclerc dans le Nord, fait sacrément bouger les lignes. Il a ouvert le premier drive piéton de l’agglomération lilloise, et le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est un succès probant : plus de 1000 commandes par semaine et déjà un second drive piéton ouvert dans le centre-ville de Lille en 2018 (décidément la voiture a du mouron à se faire…). Revitaliser les centre-villes, consommer au plus proche de chez soi, parmi « les siens »: face à Amazon, l’avenir de la distribution est-il dans le piéton ?

Anti Gaspi Leclerc

 

“Là où vos talents et les besoins du monde se rencontrent, là est votre vocation”, disait Aristote. Ca tombe bien : les besoins du monde et la demande des consommateurs commencent à sérieusement converger. Ce qui signifie que servir le « bien commun », aujourd’hui ce n’est plus de la philanthropie à fonds perdus : cela peut constituer un projet d’entreprise, appuyé sur un modèle économique viable. En servant vos intérêts particuliers, vous servez l’intérêt général : elle est pas belle, la vie ?!

Pour creuser le sujet et découvrir bien d’autres exemples frappants, lisez ceci : L’entreprise au service du bien commun : 17 pionniers. Et si vous voulez raconter vos engagements et leur impact, afin qu’ils servent concrètement vos affaires, on est là pour vous aider 😉

(Billet initialement publié sur le site de com&unitywww.comunity.paris. Suivez-nous et engageons la conversation sur LinkedInTwitter et/ou Facebook.)