Fakenews, complotisme, algorithmes qui nous enferment dans nos bulles et communautés, sensationnalisme des chaînes de télé d’info en continu, mort annoncée de la presse écrite… Il devient bien compliqué d’accéder à une information exacte aujourd’hui, la communication semble gagner toutes les batailles. Pourtant, l’information est vitale dans la vie sociale, comment « vivre ensemble » et « faire société » quand nous ne partageons pas tous la même réalité ? 

La presse « traditionnelle » a connu un étonnant rebond aux USA après l’élection de Donald Trump, auprès des jeunes en particulier (lire notre précédent article). Effet de mode ou inversion durable de la courbe ? Pour éclairer notre lanterne, et la vôtre, com&unity est allé à la rencontre de Michel Mompontet, twittos prolifique, journaliste chez CultureBox et Des Mots de Minuit, passé par France 2 où ses chroniques “Mon oeil” ont marqué les esprits,  connu et reconnu pour être un journaliste engagé, qui assume, et revendique même, ses convictions. Alors, l’avenir de l’information, pilier d’une société démocratique, est-il aussi  sombre qu’on nous le décrit ?

Mompontet

Le cabinet Gartner estime que d’ici 2022, les citoyens des pays occidentaux seront davantage exposés à des fake news qu’à de vraies infos. Ne pensez-vous pas que la prolifération de ces fausses informations peut représenter une belle opportunité redorer le blason du journalisme ? Dans un océan de mensonges, qui peut mieux garantir l’exactitude d’une information ? 

M.M : La profession de journaliste est à un croisement de son histoire, elle fait face à un défi historique, un challenge immense. Les fake news sont une catastrophe mais aussi un immense défi – et une grande opportunité pour notre métier, c’est vrai. Il est urgent pour les journalistes de retrouver la confiance du lecteur… Notre expertise, nos compétences, notre talent d’enquêteur… C’est un rappel historique, il faut revenir à ses sources qui ont fait et font la grandeur et l’essence-même du métier de journaliste. De nombreux médias semblent l’avoir oublié.

Les médias ont profité des fake news pour faire du buzz, mais les fake news prouvent combien on a besoin de journalistes. La consommation des fake news est inévitable…et  c’est justement pourquoi on a tant besoin de retrouver les basics du métier de journaliste. Avec, au coeur, je me répète, la confiance du lecteur.

L’intelligence artificielle est l’autre grande menace pour notre métier. Bientôt, on aura des robots qui pourront écrire des articles eux-même [NDLR : C’est déjà le cas !] !

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Terminator, le futur du journalisme ?

Trump, « l’exemple-type du consommateur de presse qui ne cherche l’information que chez des gens qui lui ressemblent »

L’Allemagne pénalise les fake news :  Facebook ou Twitter pourraient avoir à payer jusqu’à 50M € d’amende s’ils laissent proliférer de fausses informations. Finalement, les réseaux sociaux et les nouveaux medias ne vont-ils pas, forcés par la loi ou volontairement, embaucher de plus en plus de journalistes ? Pour assurer la police des contenus, en quelques sortes.

M.M : Facebook et Twitter ne sont pas des organes de presse mais des médias, c’est une grande différence. Facebook est le premier média au monde, loin devant n’importe quel journal. Mais Facebook ne crée pas d’information, il la diffuse seulement. Les journalistes doivent investir les réseaux sociaux, y être présents, et ne pas les laisser aux seuls robots russes et les proliférateurs de fake news.

Sur les réseaux, on va chercher ce qui correspond à notre vision du monde, on est enfermés dans nos bulles. Par exemple, Trump ne regarde que son compte Twitter et à Fox News. C’est l’exemple-type du pire consommateur de presse, celui qui ne s’informe que chez des gens qui lui ressemblent. C’est le problème de ce siècle.

Certains journalistes trouvent dégradants d’investir les réseaux sociaux, ils le vivent comme une défaite pour notre métier. Mais il faut l’accepter et prendre le virage, être là où la bataille se joueDe moins en moins de gens regardent le JT de 20h ou lisent Le Monde, il faut aller là où sont les gens. Il faut oublier le prestige du journal, les journalistes ne doivent pas rester enfermés dans leur tour, mais se rendre sur Snapchat et Insta, là où sont les nouvelles générations.

snap insta

Une étude récente montre que l’élection de Trump a relancé l’intérêt des jeunes pour la presse traditionnelle. Ils s’y sont abonnés en masse. Pensez-vous que ce rebond  est uniquement lié à Trump, et que la presse écrite est vouée à disparaître, ou qu’il puisse être durable ?

M.M : Le mensonge permanent est insupportable à l’homme. Les gens sont toujours en quête de vérité.  Ce n’est pas seulement une question de génération, ça s’applique à toute la société. C’est pourquoi, selon moi, la crise des fake news va également entraîner un regain d’intérêt pour la presse traditionnelle en France, et je pense qu’il va durer. Même si j’ai conscience que les jeunes ne courront pas aux kiosques à journaux après les cours pour s’acheter le dernier Figaro, ils vont quand même continuer à consommer des médias. C’est tout à fait possible que la presse traditionnelle perdure encore des décennies, en tout cas je l’espère.

« L’information chez les jeunes ? La seule manière de rester dans cette incompréhension, c’est de la mépriser »

Vous avez une fille qui a un peu plus de 20 ans. La fille de journaliste qu’elle est lit-elle les journaux ? En quoi son rapport à l’info est différent du vôtre ?

M.M : Je ne comprends absolument pas comment ma fille s’informe. Je lui répète tout le temps “Tu lis jamais le journal, tu regardes pas le JT !”. Bien sûr, ce sont des bougonneries de vieux journaliste que je suis. Mais, à chaque fois que j’ai une discussion avec elle sur un sujet d’actualité, je me rends compte qu’elle est parfaitement informée. Je ne sais pas par où passe l’information mais elle passe.

Je ne comprends pas comment la nouvelle génération s’informe. Mais la seule manière de rester dans cette incompréhension, c’est de la mépriser. La nouvelle génération est une génération cultivée, informée, peut-être une des plus intelligentes qu’on ait jamais vu. Il ne faut pas la prendre de haut mais au contraire essayer de comprendre comment fonctionnent, les jeunes d’aujourd’hui, comment ils s’informent.

presse, information

Globalement, sur l’avenir de l’information et du journalisme en France, en Europe et dans les pays occidentaux, vous êtes optimiste, comme nous ? #oupas ?

M.M : Totalement optimiste ! Le métier de journaliste a traversé la plus grande crise de son histoire, c’est vrai, mais cette crise va permettre le retour à ses fondamentaux. J’ai entièrement confiance dans l’intelligence des hommes, confiance dans la génération future. C’est ma nature, je suis optimiste et j’ai foi en l’humanité mais je pense sincèrement que la presse a encore un bel avenir devant elle.

 

Merci mille fois à Michel Mompontet de sa disponibilité, sa sincérité et sa passion.
Retrouvez-le sur Twitter

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Pour en apprendre davantage sur la communautarisation des médias, lisez notre billet :

One thought to “L’information terrassée par la communication. #Oupas, Michel Mompontet ?”

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