Fakenews, complotisme, algorithmes des réseaux sociaux qui nous enferment dans nos bulles d’information et communautés, sensationnalisme des chaînes de télé d’info en continu, mort annoncée de la presse écrite… Il devient bien compliqué d’accéder à une information exacte aujourd’hui, la communication semble gagner toutes les batailles. Pourtant, l’information est vitale dans la vie d’une société, comment « vivre ensemble » et « faire société » quand nous ne partageons pas tous la même réalité ? 

 

Pour sauver la presse traditionnelle, en crise depuis de nombreuses années, on a trouvé la solution : élisez un magnat de l’immobilier complètement mégalo, macho et limite facho… La recette a très bien fonctionné aux Etats-Unis ! Pour preuve : le New York Times a vu ses revenus tirés des abonnements dépasser le milliard de dollars en 2017 . 

Donald Trump, sauveur de la presse écrite. Oui oui.

Saviez-vous que l’élection de Donald Trump a entraîné une hausse impressionnante des abonnements à la presse écrite ? Oui oui, cette presse qu’on disait fichue à l’ère numérique. Comble de l’histoire, les jeunes – cette fameuse génération Y – ont fourni une bonne partie du contingent des nouveaux abonnés. Le nombre de 18 à 34 ans abonnés au New Yorker a ainsi  doublé entre l’année précédant l’élection de Trump et celle suivant son investiture. On est loin du cliché du jeune désengagé qui ne consomme que des gif et des lolcats.

L’élection de Trump a forcément joué un rôle important, une grande partie des abonnements sont venus comme un signe d’opposition au nouveau président, dont l’élection s’est beaucoup appuyée sur les fakenews. Cependant, la hausse observée après les élections américaines s’inscrit dans une tendance à l’augmentation globale des abonnements des jeunes à la presse écrite depuis quelques années.

Au-delà de l’information “objective” délivrée par les journaux, les 18-34 sont attachés aux valeurs défendues par tel ou tel titre de presse – exactement comme leurs parents, au demeurant 😉 Ils veulent aussi mettre en avant leur personnalité : “branché sport”, “à la pointe de la culture” ou encore “féru de politique”. La presse tradi peut trouver de nouveaux publics en incarnant des lifestyles, un concept cher aux nouvelles générations. Un abonnement à un media dit quelque chose de moi que je veux montrer…

Fille, journal, information

Dans ma bulle… D’information ? 

Cela dit, en matière d’information, nos sociétés semblent plutôt connaître un mouvement général de repli sur soi, d’enfermement dans des “bulles” : les réseaux sociaux et leurs algorithmes brossent nos préjugés dans le sens du poil et nous montrent les “contenus” qu’ils estiment que nous voulons voir – que ceux-ci soient “vrais” ou “faux”.  Si Facebook considère que vous êtes “de droite”, vous ne verrez pas de publications “de gauche”… et vice-versa. Chacun dans sa bulle et avec les siens, ça tient chaud et ça fait cliquer. Problème : un nombre croissant de jeunes, et de moins jeunes, ne s’informent plus que via les réseaux sociaux : ils sont déjà la première source d’information de plus de deux tiers des américains D’où une réceptivité qui paraît de plus en plus forte aux thèses complotistes – la récente “affaire Mennel” en est un bon exemple.

Le regain d’intérêt des jeunes pour la presse écrite n’exprime pas forcément une quête de vérité, d’objectivité : si les “Millennials” s’inscrivent à tel ou tel journal, c’est aussi beaucoup (voire surtout) pour faire opposition à Trump – avec des arguments solides : eux aussi sont dans une logique de “bulle”.

Mennel

“Je ne vois que ce que je crois”, les fakenews ont de l’avenir

Je ne vois que ce que je crois”, ce renversement de la parole de Saint Thomas (merci Thibault Nguyen et Hervé Monier !) caractérise à merveille notre époque. Comment, alors, vivre dans le même monde que ceux qui ne croient pas comme moi ? Avec l’école, une information objective, factuelle, demeure le meilleur des moyens de partager un langage commun. Problème : les grands médias « de référence » eux-mêmes appartiennent à des entreprises, qui ont leurs propres intérêts, leur propre agenda… 

Sommes-nous condamnés à nous mouvoir dans des marais de fake news ? Le mot de l’année 2017, selon le dictionnaire Collins (équivalent britannique de notre Larousse), bouscule terriblement nos sociétés, et ce n’est que le début : une étude du cabinet Gartner estime que d’ici 2022, un individu lambda sera plus exposé à des fake news qu’à de vraies informations… Terrifiant, non ?

Cela dit, l’avènement des fake news pourrait aussi, d’un autre côté, représenter une formidable occasion de redorer le blason du journalisme. Dans un monde pollué par de la fausse information et où les individus se renferment, on a plus que jamais besoin de garants de la vérité, de la transparence. L’Allemagne pénalise aujourd’hui les réseaux sociaux qui laisseraient proliférer des fake news, Facebook ou Twitter pourraient avoir à payer jusqu’à 50M € d’amende en cas de contravention : vous ne pensez pas que ces médias sociaux vont tôt ou tard devoir embaucher des professionnels de l’information, qui savent séparer le bon grain de l’ivraie ?  

En formulant cette hypothèse, sommes-nous en train d’être des Bisounours enfermés dans notre bulle d’optimisme ? Pour confronter nos espérances à la (dure) réalité, nous sommes allés à la rencontre de Michel Mompontet, journaliste chez CultureBox et Des Mots de Minuit, passé par France 2 où ses chroniques “Mon oeil” ont marqué les esprits,  connu et reconnu pour être un journaliste engagé, qui assume, et revendique même, ses convictions.

Avant-goût de son interview :

“Je ne comprends absolument pas comment ma fille s’informe. Je lui répète tout le temps “Tu lis jamais le journal, tu regardes pas le JT !”. (…)  Je ne sais pas par où passe l’information mais elle passe.”

Retrouvez son interview à lire ici :

2 thoughts to “« Je ne vois que ce que je crois » : communication 1 – information 0

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